Les Assises du diagnostic immobilier : vers une structuration durable de la profession
Le diagnostic immobilier est aujourd’hui au cœur de toute transaction et de toute mise en location. Pourtant, derrière le désormais incontournable DPE (Diagnostic de Performance Énergétique), une profession entière cherche encore sa reconnaissance, sa stabilité et sa structuration. C’est tout l’enjeu des Assises du diagnostic immobilier, organisées le jeudi 21 mai en présence du ministre du Logement Vincent Jeanbrun.
Dans ce nouvel épisode des Défis de la transition énergétique, coproduit par Fed Expert et Radio Imo, quatre invités aux regards complémentaires échangent autour de l’avenir du métier de diagnostiqueur : Daniel Labaron, député de la deuxième circonscription d’Indre-et-Loire et auteur du rapport parlementaire à l’origine des Assises, ainsi que trois professionnels du secteur : Denis Potevin, diagnostiqueur dans le Pas-de-Calais, Joselin Bouillon, diagnostiqueur certifié et gérant de Greendiag, et Farès Moeb, président de fédération.
Pourquoi organiser les Assises du diagnostic immobilier ?
Les Assises trouvent leur origine dans un rapport parlementaire remis le 28 novembre 2025 au ministre du Logement par le député Daniel Labaron. Commandé initialement par l’ancienne ministre Valérie Létard, ce rapport portait sur la faisabilité de la mise en place d’un ordre des diagnostiqueurs immobiliers.
Le rapport formule neuf propositions ciblées, dont la toute première consiste à organiser le plus rapidement possible ces Assises afin de réunir l’ensemble des acteurs de la filière autour d’une même table. L’objectif est clair : construire collectivement un modèle de gouvernance crédible et opérationnel, en concertation avec les professionnels eux-mêmes plutôt qu’en imposant un cadre par le haut.
Les quatre hypothèses étudiées pour structurer la profession
Avant de formuler ses recommandations, le député a examiné quatre scénarios possibles :
- La création d’un ordre dédié, sur le modèle de l’ordre des avocats ou des architectes.
- La création d’un « quasi-ordre », à l’image des fédérations sportives comme la Fédération française de football.
- Le rattachement à un ordre existant déjà en place.
- Le statu quo, en laissant la puissance publique structurer la filière.
La préférence du rapport va à la création d’une Fédération nationale des diagnostiqueurs immobiliers, soit un quasi-ordre. Cette solution de moyen terme est jugée plus réaliste et plus rapide à mettre en œuvre que la création d’un ordre, qui exigerait un long travail législatif et réglementaire, alors que l’urgence à structurer la filière est réelle.
Le problème de la représentativité de la profession
L’un des sujets les plus sensibles abordés concerne la représentativité. Avec environ 15 000 diagnostiqueurs immobiliers en France, dont près de 12 000 certifiés DPE, la profession reste éclatée et entourée d’une multitude d’organismes : organisations professionnelles, organismes de formation, organismes de certification, services publics.
De nombreuses structures prennent aujourd’hui la parole au nom des diagnostiqueurs, parfois avec très peu d’adhérents. Cette dispersion nuit à la lisibilité de la profession face aux pouvoirs publics, qui peinent à identifier un interlocuteur unique et légitime. Les Assises visent précisément à favoriser un consensus et à faire émerger une voix commune.
Traçabilité, sécurité, opposabilité : les piliers du diagnostic
Les professionnels présents insistent sur trois piliers fondamentaux résumés par l’acronyme TSO : traçabilité, sécurité et opposabilité.
La traçabilité, condition de fiabilité du DPE
Aujourd’hui, le système repose largement sur le déclaratif. Le diagnostiqueur informe lui-même son organisme certificateur des diagnostics réalisés, sans véritable moyen de vérifier qu’il était bien présent sur les lieux. L’enjeu est donc d’inverser cette logique : chaque diagnostic devrait pouvoir être prouvé comme ayant été réalisé par un opérateur certifié, physiquement présent. Des outils numériques existent déjà (tablettes avec géolocalisation GPS, horodatage, identification de l’opérateur) pour garantir cette traçabilité.
La sécurité de l’opérateur et des occupants
Le métier comporte des risques concrets : monter à l’échelle, accéder à un grenier sur un plancher instable, vérifier la présence et l’épaisseur réelle d’un isolant. Quelques centimètres de laine de verre peuvent faire basculer un logement d’une classe énergétique à une autre, avec des conséquences majeures sur sa valeur.
L’opposabilité, un enjeu juridique fort
Depuis qu’il est opposable, le DPE peut être invoqué dans le cadre d’une procédure d’assurance ou devant le tribunal judiciaire. Il touche directement au droit de propriété, consacré par l’article 17 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Le document produit doit donc être irréprochable, sécurisé et traçable, à la hauteur du droit fondamental auquel il s’oppose.
Concurrence déloyale et enjeu de dette publique
Plusieurs intervenants pointent une concurrence déloyale : des diagnostics réalisés à très bas prix, parfois par des opérateurs non certifiés, qui dégradent l’image de la profession et fragilisent les diagnostiqueurs sérieux. Cette pression tarifaire empêche certains professionnels de financer leurs certifications et leurs contrôles.
Au-delà de l’aspect économique, un DPE tronqué a des répercussions sur les finances publiques. Un logement mal classé peut donner lieu à des aides à la rénovation indûment perçues, ce qui représente de la dépense publique et donc de la dette. La fiabilisation des diagnostics est ainsi présentée comme un enjeu d’intérêt général.
Les bénéfices attendus d’une fédération nationale
La création d’une fédération à adhésion obligatoire ouvrirait plusieurs avantages concrets pour les diagnostiqueurs :
- Un code de déontologie commun applicable à tous les acteurs, des indépendants aux grands groupes.
- Un système disciplinaire et des sanctions opérationnelles, idéalement placés sous l’autorité d’un magistrat pour garantir l’impartialité, avec le maintien de la présence des pouvoirs publics.
- Des économies d’échelle sur les contrats d’assurance, dont les primes ne cessent d’augmenter, grâce à une négociation collective représentant l’ensemble des professionnels.
- Un accès facilité aux outils numériques de traçabilité par des achats groupés.
- Une lutte renforcée contre les diagnostiqueurs « fantômes » exerçant sans certification.
Le rapport propose également de renommer la profession en « experts en diagnostic immobilier », afin de mieux valoriser son rôle, et de responsabiliser les donneurs d’ordre (agents immobiliers, notaires) afin que tout ne repose plus sur les seules épaules du diagnostiqueur.
La formation, levier de professionnalisation
La question de la formation occupe une place centrale dans le débat. Avec une quarantaine d’organismes de formation et des parcours longs ou courts, le secteur cherche le bon équilibre. Une formation trop longue décourage employeurs et candidats sur un métier en tension, tandis qu’une formation trop courte ne garantit pas un socle minimal de compétences.
Le métier souffre par ailleurs d’un réel manque d’attractivité : on compterait entre 7 000 et 8 000 offres de diagnostiqueur pour à peine 2 000 à 2 500 postes pourvus. La formation continue, déjà imposée sur le cycle de certification de 7 ans, est saluée comme un dispositif essentiel pour maintenir le niveau de compétence face à des réglementations en constante évolution.
Trois tables rondes pour bâtir l’avenir de la filière
Les Assises du diagnostic immobilier s’articulent autour de trois tables rondes :
- La mise en place d’un code commun de déontologie et le renforcement des contrôles et des sanctions.
- La formation, enjeu central de montée en compétence et de professionnalisation.
- La structuration de la filière, en présence des présidents des fédérations représentatives du secteur.
Le député plaide pour un principe simple et démocratique : « un diagnostiqueur, une voix ». Des séances de travail sont prévues au second semestre, avec l’objectif d’établir un consensus d’ici la fin 2026 et le début 2027.
Le système du diagnostic immobilier n’est pas parfait, mais il s’est nettement amélioré ces dernières années, notamment grâce au plan porté par Valérie Létard (QR code, lutte contre l’étiquette différée). La priorité affichée est désormais la stabilité, la structuration et la continuité de toute la filière du DPE.
Avec un projet de Fédération nationale des diagnostiqueurs immobiliers porté conjointement par l’exécutif, le législatif et les professionnels, c’est une nouvelle étape qui s’ouvre pour redonner ses lettres de noblesse au métier de diagnostiqueur. Comme le résume le député, « la balle est dans le camp des diagnostiqueurs ».
Retrouvez l’intégralité de cet échange dans la vidéo ci-dessus, épisode 6 des Défis de la transition énergétique, une émission proposée par Fed Expert en coproduction avec Radio Imo.